Fitch dégrade la note de la dette souveraine de l’Italie mais Standard and Poor’s s’y refuse semblant se soumettre aux supplications du régulateur européen (ESMA). La dette italienne est désormais pour ces deux agences (française et américaine) à la limite de ce qu’on appelle la catégorie « spéculative ». A la prochaine baisse, les gérants d’assurance-vie devront réglementairement s’en défaire ; ce qui pourrait provoquer un krach obligataire redoutable (200 milliards d’euros de vente) et éventuellement l’activation de la loi Sapin 2. La LIDDEF encourage ses adhérents à se défaire de ce type de contrat d’assurance avant qu’il ne soit trop tard.
Fitch dégrade la note de l’Italie à un cran de la catégorie à risque
L’agence de notation Fitch a dégradé la dette souveraine italienne à BBB-, soit un cran au-dessus de la catégorie « junk bonds ». Résultat, le taux italien à dix ans se tend légèrement ce mercredi.
L’Italie a échappé à la sanction de S&P Global Ratings vendredi dernier. Mais pas à celle de l’agence Fitch. Mardi soir, cette dernière a décidé de dégrader la note de l’Italie de « BBB » à « BBB- ». La note de crédit n’est plus qu’à un cran de la catégorie dite « spéculative », réservée aux émetteurs à risque et donc boudée par une part importante des investisseurs.
En réaction, le taux italien à 10 ans s’est tendu de 8 points de base, à 1,8 % dans la matinée sur les marchés. Une hausse qui reste modérée, d’autant que le Trésor effectue une levée de dette ce mercredi. Il y a peu, le taux italien était repassé au-dessus du seuil de 2 %.
Comme le montre la décision de Fitch, les marchés ont des doutes quant à la capacité de l’Italie à rembourser sa dette très lourde – l’agence table sur un ratio à 156 % du PIB à fin 2020 – dans le cas où la crise continuerait de peser sur l’économie du pays l’année prochaine. Le verdict de Fitch est en outre anticipé : l’agence ne devait pas rendre son rapport avant le 10 juillet prochain, mais elle a estimé que les derniers développements appelaient à sortir du calendrier prévu. « Le déclassement reflète l’impact significatif de la pandémie mondiale de Covid-19 sur l’économie italienne et la situation de sa dette souveraine », note l’analyste.
Perspective stable
En revanche, Fitch a fait passer la perspective de négative à stable, ce qui indique qu’aucun changement imminent n’est à prévoir désormais. La raison ? Le bouclier mis en place par la Banque centrale européenne, qui a prévu un vaste plan de rachat de dette et élargi le champ de son action afin de soutenir la zone euro. La BCE a par ailleurs pris une autre mesure d’urgence la semaine passée, afin de protéger la dette italienne en cas de dégradation en catégorie « spéculative » : les titres du pays continueront d’être acceptés au guichet de prêts de la BCE.
Fitch envisagerait une nouvelle dégradation de la note de crédit italienne si le gouvernement ne mettait pas en oeuvre un plan économique crédible pour assurer une baisse de sa dette par rapport à son PIB. « La pression sur le budget 2021 est forte », confirment les stratégistes de Commerzbank AG. Depuis le début de la crise sanitaire, les investisseurs ont de nouveau les yeux rivés sur l’Italie, considérée comme le maillon faible de l’Europe.
Si la dette italienne tombait en catégorie « spéculative », les conséquences seraient très lourdes : cela obérerait ses capacités à se financer sur les marchés, ce qui aggraverait encore un peu plus ses difficultés économiques. La dette italienne est une composante importante des indices obligataires, ce qui signifie que tout changement de statut entraînerait des sorties de capitaux. Barclays estime que les sorties de capitaux pourraient atteindre jusqu’à 200 milliards d’euros en cas de dégradation en catégorie « spéculative ».
Gabriel Nedelec
Source : Les Echos

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