La guerre commerciale pousse les banques centrales à diversifier leurs placements

SOURCE : Lesechos.fr


La guerre commerciale est en tête des risques pour les banques centrales devant une récession aux Etats-Unis et le Brexit. Elles comptent diversifier leurs réserves de change sur l’or, les obligations indexées sur l’inflation et titres sécurisés. Elles maintiennent leur confiance dans le dollar.

 

Par Nessim AIT-KACIMI

Publié le 28/05 à 14h51
Mis à jour le 28/05 à 19h18

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine est en tête des risques pour près d’une banque centrale sur deux, suivie par une récession aux Etats-Unis (29 %) et le Brexit (17 %), selon le sondage (1) réalisé par la banque HSBC. Les institutions des pays émergents et d’Asie sont particulièrement préoccupées par le risque de ralentissement de l’activité outre-Atlantique et les européennes par une sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord.

Dollar, devise refuge ultime

Dans ce contexte de tensions géopolitiques, le dollar apparaît comme la devise refuge ultime pour la très grande majorité des banques centrales. Le changement de ton de la Réserve fédérale en début d’année, laissant entendre aux marchés qu’elle allait relever les taux d’intérêt à un rythme moins rapide cette année, n’a pas modifié leur opinion.

Un gérant d’une institution du continent américain estime que le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, « nous a conduit à limiter notre exposition sur les actifs coréens compte tenu des effets négatifs par ricochet sur l’économie de ce pays. Nous avons aussi décidé de céder nos placements sur la livre sterling du fait de l’incertitude politique du Brexit ». 

Plus d’une banque centrale sur trois déclare que cet événement a un impact négatif sur ses investissements dans la devise anglaise. « Dans le cas d’un Brexit sans accord, nous ne pourrions plus traiter avec nos contreparties basées à Londres compte tenu des risques plus élevés », redoute une institution. « Des banques avec qui nous traitons, ont quitté ou vont quitter la City, ce qui entraîne beaucoup de travail pour nos services de gestion des risques et conformité », ajoute une banque centrale du Vieux Continent.

Diversification

Ces douze derniers mois, les banques centrales ont diversifié leurs placements en achetant des obligations d’entreprises, des pays émergents et des titres hypothécaires. Une sur deux investit sur les obligations sécurisées (« covered bonds ») et 30 % envisagent de les inclure dans leur allocation d’actifs.

« Les obligations d’Etat restent leur classe d’actifs essentielle, et certains gérants ont des contraintes d’investissement (niveau minimum de rating, risques des nouvelles classes d’actifs) qui limitent leurs diversification », souligne le rapport HSBC. Une banque centrale sur quatre envisage d’investir rapidement dans les obligations indexées contre l’inflation. Une même proportion investit déjà sur les actions, et une quinzaine d’institutions devraient franchir le pas dans les 5 à 10 prochaines années. Seulement deux acteurs ont placé une partie de leurs réserves chez des hedge funds et une très faible minorité est prête à prendre ce risque. Une poignée de gestionnaires a investi sur les matières-premières autres que l’or.

Ruée vers l’or

Près de 9 institutions sur 10 estiment que les banques centrales vont accroître leurs placements sur l’or dans les deux à trois prochaines années. Elles l’expliquent par son statut d’actif refuge, de diversification pour l’ensemble de leur portefeuille. Plus des deux tiers des sondés ont déjà investi sur l’or et une dizaine va y placer une partie de leurs réserves dans les années à venir.

Investissement en renminbi

10 % des banques centrales envisagent d’investir dans l’immédiat sur le renminbi , sur les dollars australien et néo-zélandais. Une sur trois a investi sur les devises scandinaves (Danemark, Norvège, Suède). Une institution sur deux est déjà  investie sur la monnaie chinoise , et pour 3 % de leurs actifs. Fin 2019, cette proportion grimperait à 5,7 % de leurs réserves et 7,3 % l’année suivante.

Des devises comme le real brésilien, livre turque, roupies indienne et indonésienne sont très peu présentes dans leurs portefeuilles compte tenu des risques élevés et de la faible liquidité.

Seule une banque centrale du Moyen-Orient utilise la gestion algorithmique, à base de programmes informatiques, pour une fraction modeste de ses transactions sur les monnaies et actions. Une de ses homologues asiatiques réfléchit à l’automatisation de certaines de ses opérations. Les banques centrales délèguent en moyenne près de 12 % de leurs réserves de change à des sociétés de gestion extérieures.

Nessim Aït-Kacimi

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