Le retour de l’inflation est-il durable ? Pour répondre à cette question, il faudra observer son évolution dans les mois qui viennent.
NDLR : Le taux d’intérêt dont il est question dans l’article de Monsieur Tisserand est le taux d’intérêt directeur des banques centrales de la zone euro et de la zone dollars des Etats Unis soit respectivement les taux directeurs de la BCE et de la Federal Reserve Bank.
Il faut aussi prendre en compte la question, essentielle bien que souvent passée sous silence, d’un éventuel découplage de l’inflation entre les Etats-Unis et la zone euro. Or, il semble qu’un tel découplage se dessine, l’inflation s’étant plus fortement accrue outre-Atlantique. Il est à relier au calendrier de sortie progressive des mesures d’assouplissement quantitatif (ou Quantitative easing, QE), sortie beaucoup plus imminente aux Etats-Unis (qui ont d’ores et déjà programmé trois hausses de taux en 2022 et trois en 2023). Il devrait logiquement en résulter un décalage croissant avec les taux d’intérêt américains, déjà plus nettement orientés à la hausse que les taux européens, d’où une très probable hausse du dollar, qui se traduirait par une inflation importée en Europe et venant s’ajouter à l’inflation déjà existante.

D’où un alourdissement du service de la dette et la nécessité d’émettre toujours plus d’obligations pour le combler. Tant que tout le monde pratiquait le QE et que les fonds restaient dans la sphère financière, le QE ne posait guère de problèmes de court terme (à long terme, il favorise, on le sait trop et on le dit trop peu, les entreprises « zombies », les difficultés du secteur de l’assurance-vie et la spoliation des épargnants). Pratiquer le QE seuls, ou seuls avec le Japon mais sans les Etats-Unis, et ce avec (aux Etats-Unis, en attendant l’Europe) des tensions sur les salaires qui pourraient se surajouter à tout ceci, sur fond de marchés financiers en situation de bulles… est un exercice à haut risque. L’horizon ?

Il pourrait bien être le krach obligataire absolument dévastateur auquel nous mènent, depuis des années, les politiques actuelles. Puis au-delà peut-être, le défaut de paiement des Etats d’Europe du sud.
Jean-Paul Tisserand
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NDLR : QE, « Quantitative easing » est traduit en français par « assouplissement quantitatif » est une politique monétaire non conventionnelle mise en œuvre par la Banque centrale consistant à créer de la monnaie banque centrale, appelée aussi base monétaire. Cette création monétaire a aujourd’hui pour but essentiel de financer indirectement le déficit des Etats membres de la Zone euro en rachetant presque immédiatement sur le marché secondaire les obligations d’Etat émises par l’Agence France Finance (pour la dette souveraine de la France) sur le marché primaire. Nos voisins allemands sont très critiques vis à vis de cette politique que beaucoup jugent non conforme aux traités européens voire aux statuts mêmes de la BCE.

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