Distributeurs de billets : les grandes banques jettent un pavé dans la mare

SOURCE : LesEchos.fr


Par Edouard LEDERERSolenn Poullennec

Publié le 17/05 à 07h05
Mis à jour le 17/05 à 18h31

Les grandes banques contre-attaquent. Pressées par  certains responsables politiques de freiner la disparition de distributeurs automatiques de billets (DAB) dans les zones rurales, elles cherchent à revoir les commissions touchées lors des retraits d’argent. Quitte à mettre davantage à contribution leurs meilleurs ennemis : les banques en ligne et autres « néobanques ».

Ces nouveaux acteurs ne disposent généralement pas d’un réseau de DAB en propre. Or, leurs clients peuvent très bien retirer des espèces à l’un des 55.000 distributeurs installés en France. Pour les « historiques », l’objectif affiché est clair : parvenir à augmenter la commission que doivent leur verser leurs concurrents quand les clients de ces derniers utilisent leurs infrastructures.

Deux « grandes anomalies »

Nicolas Théry, le président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, a ainsi jeté un pavé dans la mare la semaine dernière en pointant deux « grandes anomalies »  dans un entretien aux « Echos »« Pourquoi les banques qui ne font rien pour le réseau de distributeurs – comme les banques directes – peuvent-elles les utiliser au même tarif ? » Plus largement, « les prix [que se facturent mutuellement les établissements NDLR] ne reflètent pas la réalité des coûts d’utilisation de ce réseau interbancaire, ce n’est plus possible », a-t-il souligné.

Une situation « absurde »

Le point de vue du dirigeant mutualiste – à la tête d’un des plus grands réseaux de distributeurs, juste après le groupe Crédit Agricole, qui en détient 17.000 – est visiblement partagé. Face aux néobanques, « il faut éviter la stratégie du coucou », renchérit un grand banquier. La situation est d’autant plus « absurde », estime un autre dirigeant, que les néobanques « proposent bien souvent des cartes gratuites » ou à prix très faible. Selon nos informations, Nicolas Théry et Philippe Brassac, le directeur général de Crédit Agricole SA, s’en s’ont ouverts auprès du président du Sénat.

L’offensive bancaire prend place à un moment particulier : la baisse des paiements en espèces pèse globalement sur la rentabilité des distributeurs de billets. Par ailleurs, à l’heure du mouvement des « gilets jaunes », la pression politique est forte pour que les banques maintiennent des distributeurs à travers tout le territoire. Les sénateurs ont débattu en fin d’année dernière d’une proposition de loi sur la désertification bancaire.  Dans ce contexte, la Banque de France  dresse actuellement une cartographie précise des DAB, qui doit être finalisée d’ici l’été.

L’autorité de la concurrence veille au grain

Reste que toucher à ces tarifs interbancaires est très sensible, et les banquiers le savent. Car l’Autorité de la concurrence française veille au grain. Il y a quelques années, celle-ci s’est penchée sur les commissions liées aux transactions par carte, notamment celles liées aux retraits. Elle a voulu s’assurer que derrière la fixation en commun de ces commissions par les grandes banques réunies au sein du Groupement des Cartes Bancaires (GIE CB) ne se cachait pas une entente dommageable aux consommateurs.

Concernant les commissions de retrait, le Groupement a finalement consenti en 2011 à une baisse de 20 %, à 57 centimes d’euros. Ce niveau de commission s’applique toujours, même si le Groupement des Cartes Bancaires a été libéré de ses engagements au bout de quelques années. Depuis, le nombre de banques en ligne, sans agence s’est étoffé, pour compter des acteurs, tels qu’ING, Boursorama, Orange Bank, ou N26. Interrogés par « Les Echos », la plupart n’ont pas souhaité réagir aux propos de Nicolas Théry.

« Ce n’est pas le sens de l’histoire »

« Orange Bank contribue à son échelle à l’effort de couverture [du territoire en distributeurs de billets], bien que cette activité soit déficitaire », observe un porte-parole de la banque de l’opérateur mobile qui a déployé une trentaine de distributeurs sur le territoire.

La partie jouée par les banques traditionnelles semble en tout cas loin d’être gagnée. « Cela risque d’être difficile de relever les commissions. Ce n’est pas dans le sens de l’histoire », estime un connaisseur du secteur bancaire. Par ailleurs, « c’est difficile de déterminer le bon niveau de commissionnement pour l’ensemble du réseau », assure-t-il.

Solenn Poullennec et Edouard Lederer

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