Escroqueries au Bitcoin : de plus en plus d’épargnants pris dans la nasse

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02/05 | 10:58 | Par Anne-Sophie Vion

https://m.lesechos.fr/patrimoine/escroqueries-au-bitcoin-de-plus-en-plus-d-epargnants-pris-dans-la-nasse-0601162866978.php


Les demandes de médiation de l’AMF liées à des placements en Bitcoin frauduleux ont crû soudainement en 2018. Des particuliers ont perdu en moyenne près de 25.000 euros.

Cela ressemble à la lutte sans fin pour déjouer les assauts de l’océan dans Un barrage contre le Pacifique. A peine une parade est-elle trouvée pour lutter contre une escroquerie financière qu’une autre arnaque éclot au diapason d’une innovation financière. Sans cesse, le champ des malversations se déplace, atteste le rapport 2018 de la médiation de l’AMF (Autorité des marchés financiers) publié le 18 avril dernier.

Après de nombreuses saisines liées aux diamants d’investissements en 2017, le médiateur constate l’émergence de « toute une myriade d’offres frauduleuses de crypto-actifs »,  dont au premier rang le Bitcoin .  Déjà perceptible en 2017 , ce phénomène s’est amplifié l’an dernier. En 2018, ce ne sont pas moins de 35 dossiers de plaintes pour fraudes dans ce domaine qu’il a eu à traiter. Et ce n’est probablement que l’écume de toutes les arnaques subies par les particuliers en la matière. Ils sont naturellement loin de tous intenter une action auprès du médiateur de l’AMF.

Près de 25.000 euros de perte moyenne

« Des société s, relate le rapport du médiateur, qui opèrent à travers des sites internet surfent, en effet sur l’engouement suscité par la hausse du Bitcoin fin 2017 pour engloutir les économies des épargnants dans des chimères de gains astronomiques. » L’analyse des 35 dossiers montre que les pertes vont de 500 à 104.000 euros, la moyenne se situant à 24.660 euros.

Généralement novices et profanes en matière financière, les victimes, souligne le rapport, « n’ont  pas le recul nécessaire pour appréhender avec scepticisme les promesses de rendements colossaux qu’on leur fait miroiter ». Ainsi, ils pensent « saisir une opportunité exclusive, tout en participant à une révolution technologique d’avant-garde. »

Le « profilage » des 35 dossiers d’épargnants pris dans la nasse montre qu’ils sont majoritairement retraités, pour l’essentiel, non-cadres et vivent dans de petites bourgades.

Comment les victimes sont-elles harponnées ?

Dans les 35 dossiers de fraudes au Bitcoin, le médiateur de l’AMF a décortiqué comment les particuliers avaient été harponnés. Les escrocs démarchent leurs victimes par téléphone ou prennent contact avec elles quand elles laissent leurs coordonnées téléphoniques sur les formulaires de sites proposant d’investir dans des crypto-actifs.
Lors de ces entretiens, les épargnants sont mis en confiance. Les escrocs s’appuient sur l’essor du Bitcoin pour présenter l’investissement comme étant simple et sûr et font miroiter un rendement faramineux.
Puis, pendant parfois plusieurs mois, note le rapport, les aigrefins maintiennent l’illusion d’un investissement très lucratif en n’hésitant pas à créer sur leur site internet des espaces personnels et des relevés de comptes laissant apparaître une plus-value importante.
Encore plus retors, dénonce le médiateur, les malfaiteurs « versent souvent les premiers mois des intérêts aux épargnants afin de les appâter et de les pousser à investir davantage. »
Pis, pour rassurer encore plus, certains usurpent l’identité de grandes banques en utilisant leur logo sur des documents.

Sociétés fantômes

La plupart des victimes ne sont conscientes de l’escroquerie que quand, quelques mois après avoir investi, elles demandent à récupérer leurs fonds et la plus-value qui n’est qu’apparente. Encore plus diabolique, dénonce le rapport, « les escrocs vont subordonner le remboursement au versement d’une somme supplémentaire présentée comme une taxe, qui va devenir ce que le médiateur avait qualifié, s’agissant des dossiers sur le Forex, une « double peine » ».

A partir de là, sans surprise, les arnaqueurs deviennent injoignables. Même à ce stade, constate aussi le médiateur, certaines victimes ne sont toujours pas conscientes d’avoir été escroqués et espèrent qu’une intervention du médiateur de l’AMF suffira pour se faire rembourser.

Le réveil est brutal. Car, prévient le médiateur, « l e traitement de ces dossiers en médiation est évidemment inenvisageable puisqu’il s’agit d’escroqueries de sociétés fantômes et que les fonds sont partis à l’étranger depuis longtemps. »

« Contrairement au Forex [marché des changes], explique Marielle Cohen-Branche, médiateur de l’AMF, dans le rapport du médiateur 2018, nous ne sommes pas en face de plateformes agréées en Europe avec lesquelles des négociations sont parfois possibles […] Je me trouve alors réduite à rediriger ces investisseurs vers des constitutions de plaintes au pénal sans véritable espoir qu’ils retrouvent leur épargne. »

En attendant le statut PSAN

Le médiateur doit en effet transmettre ces dossiers, conformément à l’article 621-20-1 du code monétaire et financier, directement aux services spécialisés de l’AMF. Cette dernière est alors tenue d’alerter le procureur de la République.

Dans le cadre de la loi Pacte, adoptée le 11 avril au Parlement, les plates-formes d’échange de cryptomonnaies,  devront être agréées PSAN (« prestataires de services d’actifs numériques ») par l’AMF . Ce nouveau statut créé par la loi se veut gage de sécurité et de crédibilité.

LA « DOUBLE PEINE »
Les escrocs au Bitcoin indiquent aux épargnants que, préalablement au remboursement de leur investissement, ils doivent s’acquitter d’un impôt (taxe blockchain, TVA, impôts Royaume-Uni-France, OCDE…) qui représente généralement 20 % des investissements et plus-value prétendument réalisés. Presque la totalité des épargnants versent cette somme… Une fois le complément versé, les escrocs trouvent différents prétextes pour ne pas leur débloquer l’argent (RIB erroné, bug, piratage…) et s’évanouissent dans la nature.
Source : rapport 2018 de la médiation de l’AMF

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