Inde : la démonétisation a été un cuisant échec pour New Delhi

Article LESECHOS.fr


La banque centrale constate que le retrait de la plupart des billets en circulation, en novembre 2016, n’a en rien permis d’éradiquer l’argent illicite dans le pays.

C’est un verdict sans appel. Et il émane, cette fois, de la Banque centrale indienne.

Imposée par le gouvernement Modi,  la démonétisation géante de 2016 n’aurait en rien atteint les premiers objectifs qu’elle s’était fixés. A savoir lutter contre l’argent noir et la fausse monnaie. La Reserve Bank of India (RBI) confirme dans son rapport 2017-18, publié mercredi que, près de deux ans après, 99,3% des billets qui avaient été à l’époque retirés de la circulation ont bel et bien été rapportés à ses guichets. Alors que le gouvernement tablait sur le fait que les détenteurs de cash d’origine illégale n’oseraient pas venir les échanger.

L’argent noir s’est réinvesti

En d’autres termes, la thérapie de choc qui avait imposé aux Indiens de rapporter leurs coupures de 500 et 1000 roupies (86% de l’argent en circulation) pour en obtenir de nouvelles, aurait, de ce point de vue, été totalement vaine.

« Soit l’argent noir continue d’être investi dans d’autres actifs (or, immobilier, par exemple) soit il se doit encore d’être identifié parmi les dépôts actuels de différentes banques indiennes », analyse Ipsita Chakavarty dans le site d’informations Scroll India, car, ajoute-t-il, « après la démonétisation, les établissements bancaires ont signalé avoir détecté une hausse de 480% des transactions suspectes ». Autre échec : les faux billets. Leur nombre serait loin d’avoir diminué. La Banque centrale constate même, à ce sujet, que ceux de 2000 roupies – introduits après la démonétisation – ont augmenté de façon exponentielle sur l’année fiscale par rapport à la précédente.

Un point de PIB de perdu pour rien

Conscient de ses errements, le gouvernement avait d’ailleurs quelques mois après l’annonce de la démonétisation changé son fusil d’épaule, insistant davantage sur un autre bienfait de cette mesure, celui de  « digitaliser » l’économie .

Mais là encore, force est de constater que le bilan n’est guère probant. Car loin d’être enterré, le  cash est bien là, toujours présent. Selon la RBI, les sommes d’argent liquide en circulation auraient d’ailleurs retrouvé leurs niveaux d’avant démonétisation. Même s’il est vrai que leur part dans le PIB reste bien loin de celle de 2016.

Avec toutes ces critiques, rien d’étonnant donc à ce que certains députés du BJP (parti au pouvoir) refusent de cautionner un rapport réalisé par un panel de parlementaires sur les conséquences de la démonétisation. Réalisé par le Comité permanent des finances à l’Assemblée, ce dernier estime que la mesure choc aurait englouti au moins 1% de la croissance du PIB et causé d’immenses pertes d’emplois dans le secteur informel.

Il demande en conséquence au gouvernement d’en analyser objectivement les répercussions profondes sur l’économie du pays. Une leçon apparemment trop dure à avaler pour les concepteurs de ce que d’aucuns appellaient : « la mère de toutes les réformes ».

Marjorie Cessac

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