Après Fitch en septembre Standard & Poor’s dégrade à nouveau la dette souveraine de la France.
De AA- à A +. Vendredi soir avec un mois d’avance sur son calendrier, l’agence de notation américaine Standard & Poor’s a abaissé d’un cran la note de la France. Une décision qui pose question.
Le 18 octobre 2025 à 16h32, modifié le 18 octobre 2025 à 17h02

L’agence de notation S&P Global Ratings a dégradé la note de la France ce vendredi 17 octobre, l’abaissant d’un cran, de AA- à A +.
C’est la troisième fois en un an que le pays voit sa note abaissée par une agence de notation.
Le timing de cette décision par Standard & Poor’s est une surprise. Et les répercussions pourraient être… douloureuses pour les finances publiques tricolores. Décryptage.
Pourquoi l’agence S&P a-t-elle accéléré son calendrier ?
Alors que l’agence S&P devait annoncer son verdict le 28 novembre, la sanction est tombée ce vendredi 17 octobre. Pourquoi l’avoir fait avec plus d’un mois d’avance ? Parce qu’il y avait le feu, en quelque sorte, même si S&P ne le dira jamais de cette manière.
D’ordinaire, les agences de notations respectent un calendrier précis, en annonçant bien en amont la date de publication de leurs décisions, deux fois par an. Elles changent leurs habitudes lorsqu’une information nouvelle ou un événement le justifie.
La récente annonce de la suspension de la réforme des retraites a-t-elle été l’élément déclencheur ? S&P ne l’a pas indiqué, invoquant seulement une incertitude « élevée » sur les finances publiques en dépit de la présentation d’un budget pour 2026.
« La raison de cet écart est la récente série de motions de censure au Parlement français, qui entravent l’assainissement des finances publiques françaises », justifie l’agence en introduction du commentaire accompagnant la note.
De fait, les agences de notation affichent toujours un point de vue plus conservateur — et plus inquiet — que celui des gouvernements qui présentent leurs perspectives. Ainsi, selon S&P, « en l’absence de mesures supplémentaires significatives de réduction du déficit budgétaire, l’assainissement budgétaire sur (son) horizon de prévision sera plus lent que prévu ».
Standard & Poor’s maintient une perspective stable mais avertit que, sans nouvelles mesures de réduction du déficit, la consolidation budgétaire pourrait prendre plus de temps que prévu. L’agence prévoit que la dette publique atteindra 121 % du PIB d’ici 2028, avec des déficits toujours importants au cours des trois prochaines années.
Que signifie cette nouvelle note, A + ?
La notation n’est pas une opinion sur la qualité de la politique publique ou le risque pour le pays, mais sur la capacité de l’État, en tant qu’emprunteur sur les marchés de capitaux, à rembourser sa dette.
Entre AAA, la note maximale, et A +, la nouvelle note française, on trouve AA +, AA, AA-. La signature de la France reste solide, en somme, mais selon les critères de S&P, cette nouvelle note traduit des motifs d’inquiétude. En tombant en A + chez S&P, la France se retrouve au niveau de l’Espagne, du Japon, du Portugal et de la Chine.

Il est important de rappeler que l’agence Fitch a déjà dégradé sa note le mois dernier, et que la troisième agence, Moody’s, doit se prononcer vendredi prochain, le 24 octobre.
Les agences comme Fitch, Moody’s et S&P Global Ratings classent la qualité de crédit des États — soit leur capacité à rembourser leur dette —, de AAA (la meilleure note) à D (défaut de paiement).
Comment a réagi le gouvernement ?
Bercy a immédiatement, vendredi, déclarer « acte de la décision prise par Standard & Poor’s ». Invité ce samedi matin sur France Info, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, reconnaissant la gravité de la situation, a reconnu : « C’est un appel au sérieux, à la lucidité, à la responsabilité ». D’autant, a-t-il rappelé, que cette décision d’une agence de notation d’abaisser la note de la France se répète pour la troisième fois en un an.
Si le ministre concède que « c’est un nuage que l’on ne peut pas ignorer et qui s’ajoute à un bulletin météo qui est déjà gris », il se veut rassurant quant à la solidité de l’économie française. « L’agence elle-même a souligné les très bons fondamentaux de l’économie française qui est diversifiée. On a une croissance qui résiste et on a un très haut niveau d’épargne », a-t-il nuancé.
« Pour les convaincre que nos estimations sont les bonnes, il faut qu’on vote notre budget », a poursuivi Roland Lescure. « Il y a un débat parlementaire, je ne fais pas le match avant de l’avoir joué. C’est vraiment à nous — le gouvernement et le Parlement —, de convaincre les observateurs, les agences de notation, les marchés financiers. »
« Je confirme notre détermination à tenir l’objectif de déficit de 5,4 % du PIB pour 2025, a insisté le ministre. On a déposé un projet de budget mardi dernier pour 2026, il vise à accélérer la réduction du déficit public à 4,7 % du PIB l’année prochaine. C’est une première marche, l’objectif ce sont les 3 % en 2027. Donc effectivement, ça va demander des efforts ».
Quelles conséquences pour la France et les Français ?
Une note dégradée traduit le fait que la France est perçue comme un emprunteur plus risqué. Par ricochet, les taux d’intérêt sur les nouvelles obligations émises par l’État français pourraient augmenter. Un effet domino qui alourdit le coût de financement de notre pays, alors que la « charge de la dette » (son remboursement) est déjà l’un des principaux postes budgétaires de l’État.
Cette dégradation de la note tricolore risque également d’éroder la confiance des investisseurs, tant nationaux qu’étrangers. Enfin, cette baisse peut être perçue comme un signe de mauvaise gestion économique et alimenter les critiques à l’égard d’un gouvernement déjà très fragile. Elle peut donc avoir des répercussions politiques.
Tout mis bout à bout, cette décision, en apparence lointaine et abstraite, peut avoir des conséquences très concrètes sur le quotidien de monsieur et madame Tout-le-Monde dans l’Hexagone. Les taux d’intérêt plus élevés pour le pays peuvent se traduire par des taux plus élevés, dans les banques commerciales, pour les crédits immobiliers, les prêts à la consommation et autres types de prêts.
La dégradation de la note tricolore, si elle freinait la croissance économique, pourrait aussi décourager les entreprises d’investir et d’embaucher. Bref, avoir des répercussions sur le climat économique, mais aussi social.
Comment les analystes des agences de notation travaillent-ils ?
Parfois accusées d’être des « boîtes noires », voire des instruments politiques au service d’intérêts étrangers… et américains notamment, puisque S&P, Moody’s et Fitch Ratings, sont américaines, les agences ont été mises en cause pour leur rôle dans la crise financière de 2008 et celle des dettes européennes. Depuis, la réglementation s’est durcie pour les encadrer.Pour rendre leurs verdicts sur les notes, les agences passent au crible les prévisions de croissance, le PIB par habitant, le déficit public, la charge d’intérêt des pays « audités ». S’y ajoute une analyse « qualitative ». Les experts des agences rencontrent, en France, les gestionnaires de l’Agence France Trésor pour expliquer une prévision, comprendre une réforme. Ils discutent avec le Haut Conseil des finances publiques, la Banque de France…

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