Taux négatifs : les banques commencent à passer la note à leurs plus grands déposants

 

Certains établissements, en Suisse ou en Allemagne, avaient déjà discrètement franchi le Rubicon. Mais c’est à présent la filiale suisse d’UBS qui a confirmé son intention d’appliquer des taux négatifs aux plus gros dépôts en francs suisses de ses clients. Une façon pour les banques de répercuter les taux négatifs que leur infligent depuis des années les grands argentiers.

 

0601662087956_web_tete.jpg

AEn Suisse, UBS a confirmé son intention d’appliquer des taux négatifs sur certains gros dépôts en francs suisses, et logés en Suisse.

Le piège se referme peu à peu sur l’argent qui dort. Avec la politique de taux faibles de la BCE, les placements sans risque ne rapportent plus grand-chose aux particuliers. Mais UBS Suisse s’apprête à aller beaucoup plus loin dans la « punition » :  le géant de la gestion de fortune s’apprête, selon le « Financial Times, à appliquer à ses plus grands clients une pénalité de 0,75 % sur les dépôts excédant les 2 millions de francs suisses. « A la suite de mouvements similaires de la part d’autres banques en Suisse, nous confirmons que nous avons décidé d’ajuster les tarifs sur les dépôts en francs suisses détenus en Suisse », a confirmé la banque.

Certains concurrents d’UBS comme Julius Baer ou Pictet, font déjà payer leurs clients pour leurs gros dépôts. Mercredi, Credit Suisse a indiqué réfléchir lui aussi à des mesures similaires.

La France temporise

UBS va ainsi répercuter la pénalité de 0,75 % sur les dépôts qu’inflige la Banque nationale suisse aux établissements du pays. Dans la zone euro, la logique est la même,  puisque la BCE applique depuis 2016 un taux négatif de 0,40 % sur les excédents de liquidité que les banques laissent dormir dans ses coffres… et les banques allemandes et françaises sont celles qui payent le plus pour cela.

Au point de passer la note aux clients ? En France, « on est très loin de mettre en place une facturation des dépôts. Cela ne se développe d’ailleurs pas tellement en zone euro », a temporisé jeudi Frédéric Oudéa, le patron de Société Générale. « A ce jour nous n’avons pas de réflexion en cours sur le sujet », abonde Crédit Agricole Indosuez Wealth Management. Cet attentisme paraît logique en France, où les comptes courants ne sont pas rémunérés, ni par un taux positif… ni à plus forte raison par un taux négatif.  Les banques sont tout de même parvenues à appliquer des « frais de tenue de compte » ces dernières années , et – pour les grandes entreprises – à intégrer la question des gros dépôts dans des négociations commerciales plus larges.

La vague touche l’Allemagne

La question est plus complexe en Allemagne, où les banques peinent particulièrement à doper leurs marges. Selon un sondage réalisé par le comparateur en ligne biallo, 107 des 162 banques et caisses d’épargne ayant répondu à l’enquête répercutent sur leurs clients (la plupart du temps, des entreprises) entièrement ou en partie les taux négatifs de la BCE. Mais 30 d’entre elles appliquent aussi cette mesure à des clients privés, sur des dépôts supérieurs à 100.000 euros. La petite banque coopérative bavaroise de Gmund am Tegernsee avait déjà brisé le tabou outre-Rhin en septembre 2016 en infligeant un taux de -40 % à ses clients privés aisés.

La crainte d’une propagation

Symétriquement, cela veut aussi dire que la grande majorité des clients privés des banques restent donc encore épargnés outre-Rhin. Mais la situation restera-t-elle en l’état si ce climat glacial sur les taux devait encore se prolonger ? Cela paraît « complètement incongru que des déposants bancaires puissent se faire infliger un taux d’intérêt négatif » commente Bruno Colmant, chef économiste chez Degroof Petercam, « mais si les taux d’intérêt deviennent de plus en plus négatifs, immanquablement, ils vont se propager à tous les dépôts bancaires », au risque de voir des clients retirer leurs économies… en cash.

A l’avenir, la fédération allemande des Volks- et Raiffeisenbanken (banques coopératives des villes et des campagnes, BVR) n’exclut pas d’étendre cette pratique – encore limitée – à d’autres clients ou produits si la BCE maintenait ou accentuait encore sa politique. Une décision qui revient à chacun de ses établissements, précise-t-elle. « Les clients comme les banques devraient se préparer à ce que la BCE décide en septembre une nouvelle baisse de son taux sur les dépôts. Compte tenu de la nouvelle situation, les banques devront prendre naturellement des décisions commerciales et nous recommandons à nos clients de reconsidérer avec leurs conseillers bancaires leurs stratégies de placement », explique Marija Kolak, présidente de la BVR.

Pauline Houede et Edouard Lederer, avec S.W et S.P.

Source : Les Echos

Soyez le premier à commenter l’article sur "Taux négatifs : les banques commencent à passer la note à leurs plus grands déposants"

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée


*


− 2 = 1