Bruno Le Maire : relocaliser l’industrie en mode « je t’aime, moi non plus »

Rappelons d’abord la doctrine définie par l’Union européenne en matière de politique industrielle : un monument d’ambiguïté.

Selon l’UE : « La politique industrielle relève essentiellement de la compétence des États membres. La Communauté européenne a toutefois, dès les années 1950, limité les pratiques d’intervention publique (aides d’État) au sein du marché unique, de manière à favoriser la concurrence entre États. »

Source : https://www.touteleurope.eu/actualite/politique-industrielle-que-fait-l-union-europeenne.html

 

Or, si l’on en croit le bon élève Bruno Le Maire : « Nous sommes l’un des pays développés qui a le plus délocalisé son industrie. C’était une faute majeure. » Le constat a été posé par le ministre, au micro de BFM TV, le jeudi 14 mai, au moment d’évoquer la crise sanitaire traversée par l’économie française.

Pour le ministre, la solution est alors à portée de main : relocaliser.

Mais, en définitive, pas tellement. Il ne propose qu’une demi-relocalisation, par un distinguo subtil entre productions à faible valeur ajoutée et productions à forte valeur ajoutée. « Maintenant il faut relocaliser. Relocaliser ne veut pas dire relocaliser des productions à faible valeur ajoutée sur lesquels nous ne serions pas compétitifs. C’est nous battre pour que toutes les productions industrielles à forte valeur ajoutée, qui feront la différence avec la Chine et les États-Unis, reviennent en France et s’installent. » Admettons.

Source : https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/la-delocalisation-une-faute-majeure-pour-bruno-le-maire-9e1f92495f5fd6b7970fdecf7dc2abd7?base=952&campaignId=24196&segmentId=24571&shootId=23679

Quant au Président de la République Emmanuel Macron, il se contente en la matière d’une phrase évasive. « Nous devons tirer toutes les leçons de cette pandémie », a-t-il affirmé, au moment où les gouvernements, notamment le gouvernement français, étaient vivement critiqués pour le manque de masques ou de tests disponibles.

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/01/31/plus-que-jamais-nous-avons-besoin-deurope-message-du-president-emmanuel-macron-sur-le-brexit.

Il arrive néanmoins que le Président soit plus précis : « L’Europe a été prise en défaut au début de cette crise. D’abord parce que la compétence sanitaire n’est pas une compétence communautaire. Et donc nous ne devons pas demander à la Commission ce qui n’est pas de sa compétence », a souligné Emmanuel Macron. Mais ce brusque revirement souverainiste ne l’empêche pas en même temps de fustiger « les réflexes nationalistes » de certains pays…

On rappelle qu’Emmanuel Macron avait déclaré le 31 janvier 2020 : « Plus que jamais nous avons besoin d’Europe ! ».

La France ne maîtrise plus sa politique commerciale en terme de tarifs douaniers. Elle relève de la compétence exclusive de Bruxelles. Or seule une remontée des tarifs douaniers en provenance de l’étranger pourrait encourager les entreprises nationales à relocaliser afin que nos entreprises soient enfin soumises à une concurrence non déloyale des Etats spécialisés dans le dumping social et environnemental.

En clair, qu’il s’agisse du ministre ou de son supérieur, le Président, la politique industrielle de la France se résume à un précepte digne de la psychanalyse : vive la relocalisation, mais, surtout, ne relocalisons pas ! L’ambivalence freudienne des sentiments, le « retour du refoulé » mondialiste…

Ou, plus prosaïquement : — l’Union européenne ne marche pas ? — C’est parce qu’il n’y a pas assez d’Union européenne.

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