Capital : cette flambée de 3,2 points [des OAT sur 10 ans] constitue le plus grave krach obligataire depuis 1986-1987

Marc Touati : « En France, le taux d’intérêt de l’OAT 10 ans est passé de -0,4 % début 2021 à désormais 2,8 %, un plus haut depuis mai 2012. Encore plus grave, cette flambée de 3,2 points constitue le plus grave krach obligataire depuis 1986-1987. Outre-Rhin, le taux du Bund à 10 ans est certes un peu plus bas mais a tout de même atteint 2,23 %, un plafond depuis novembre 2011. Piètre consolation, la palme du krach obligataire a été “remportée” par le Royaume-Uni, avec un taux d’intérêt à dix ans qui est passé de 0,2 % début 2021 à 4,5 % le 27 septembre 2022, sommet depuis octobre 2008″

Les taux à 10 ans devraient atteindre 4% en France et 5,5% en Italie d’ici quelques mois, avertit notre chroniqueur Marc Touati, président du cabinet ACDEFI. Le krach en Bourse lui semble loin d’être fini et l’euro continuera à être malmené.

Il s’agit des trois principaux dangers qui menacent notre économie, notre épargne, mais aussi notre quotidien et notre avenir : 1. La très forte remontée des taux d’intérêt des obligations d’Etat et de nos crédits au sens large. 2. L’effondrement durable de la Bourse. 3. La chute de plus en plus vertigineuse de l’euro. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le 27 septembre 2022, les taux d’intérêt des obligations d’Etat à dix ans ont atteint 3,95 % aux Etats-Unis, 4,75 % en Italie et 4,95 % en Grèce, des sommets depuis respectivement avril 2010, juin 2013 et décembre 2017.

En France, le taux d’intérêt de l’OAT 10 ans est passé de -0,4 % début 2021 à désormais 2,8 %, un plus haut depuis mai 2012. Encore plus grave, cette flambée de 3,2 points constitue le plus grave krach obligataire depuis 1986-1987. Outre-Rhin, le taux du Bund à 10 ans est certes un peu plus bas mais a tout de même atteint 2,23 %, un plafond depuis novembre 2011. Piètre consolation, la palme du krach obligataire a été “remportée” par le Royaume-Uni, avec un taux d’intérêt à dix ans qui est passé de 0,2 % début 2021 à 4,5 % le 27 septembre 2022, un sommet depuis octobre 2008.

Il faut dire que le plan de relance pharaonique et non-financé de la nouvelle première ministre britannique est passé par là et a fini de casser complètement la crédibilité déjà bien mince de cette dernière. Mais, que les Français ne se réjouissent pas trop vite, ils sont les prochains sur la liste, avec, bien entendu, leurs voisins italiens. Les nouveaux records historiques atteints par la dette publique française au deuxième trimestre 2022 et les résultats des élections législatives italiennes ne font d’ailleurs que le confirmer.

Autrement dit, les taux d’intérêt des obligations d’Etat vont encore nettement augmenter au cours des prochains mois. Ils devraient atteindre 4 % en France, 5,5 % en Italie et 6 % en Grèce. Conséquence logique de ces déflagrations obligataires passées et à venir, la Bourse a poursuivi sa chute. Là aussi, quelques chiffres valent mieux que de longs discours : entre le 5 janvier 2022 et le 29 septembre 2022, le S&P 500 a chuté de 24,1 %, atteignant 3 640 points, un plus bas depuis le 30 novembre 2020. Quant au CAC 40, il affiche une baisse de 23 % sur la même période, se situant sur un plancher depuis le 5 février 2021.

 

Fer de lance de la précédente bulle boursière, le Nasdaq est logiquement le “champion” du krach, avec un effondrement de 33,1 % entre le 19 novembre 2021 et le 29 septembre 2022. Avec un niveau de 10 737 points, il n’est plus qu’à 0,8 % au-dessus de son point bas du 16 juin dernier, qui était un plancher depuis le 23 septembre 2020. Et, malheureusement, les niveaux dramatiques des derniers indicateurs avancés de l’activité aux Etats-Unis et dans les pays de la Zone Euro montrent que la récession est en train de s’aggraver, confirmant que la fin d’année sera particulièrement compliquée et que les krachs en Bourse sont loin d’être terminés. Une baisse d’encore 10 % demeure ainsi envisageable pour l’ensemble des marchés actions d’ici la fin 2022.

Dans ce contexte ô combien difficile, l’euro continuera également de baisser. En effet, après avoir déjà atteint 0,95 dollar pour un euro le 27 septembre dernier (un plus bas depuis juin 2002), la monnaie unique restera pénalisée par un écart de taux d’intérêt toujours largement à l’avantage du dollar, mais aussi par une récession historique de l’économie allemande. C’est du moins ce qu’indiquent les derniers indices IFO du climat des affaires et des perspectives d’activité outre-Rhin, qui montrent que le PIB germanique pourrait plonger de plus de 9 % d’ici le printemps 2023.

Bien entendu, avec la poursuite de la flambée des dettes publiques dans les pays du Sud et en France, mais aussi avec la crise politique italienne et peut-être bientôt française, la situation ne va évidemment pas s’arranger. Et ce d’autant qu’une crise de confiance globale est aussi sur le point de s’imposer quant au fonctionnement et à la pérennité de l’UEM (zone euro) et de sa BCE de moins en moins crédible. Autant d’évolutions qui pourraient faire tomber l’euro vers 0,90 dollar.

Face à ces menaces, une dernière question se pose : quelle stratégie d’investissement faut-il adopter ? Compte tenu de l’instabilité ambiante, sept règles nous paraissent opportunes.

1. Rester prudent ! Sauf à aimer les “montagnes russes” et à savoir faire des allers-retours sportifs sur les différents vecteurs d’investissement.

2. Adopter une stratégie de long terme, qui nous permettra notamment de sortir par le haut des krachs actuels.

3. Délaisser les obligations d’Etat, pour la simple raison que les taux d’intérêt de ces derniers vont encore nettement augmenter et dont les cours vont mécaniquement baisser.

4. Rester sur le dollar ou le franc suisse contre l’euro.

5. Ne jamais oublier que les actions (avec dividendes) et l’immobilier (avec loyers) demeurent les meilleurs placements, mais uniquement sur le long terme.

6. Face à l’adversité, il faut forcément acheter de l’or et des métaux précieux, mais pas plus de 15 % de son portefeuille, pour éviter de prendre le bouillon au cas où, par miracle, la croissance forte et la faible inflation reviendraient rapidement.

7. Même si l’exotisme est toujours tentant, il faut constamment se rappeler que le Bitcoin et les cryptoactifs resteront par nature extrêmement volatils et donc très dangereux.

En conclusion, avec de tels principes toujours devant nos yeux, nous serons armés pour traverser cette nouvelle crise et en sortir par le haut. C’est du moins tout le mal que je vous souhaite !

Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI et auteur de 7 best sellers économiques

Son nouveau livre, RESET II – Bienvenue dans le monde d’après, est sorti le 1er septembre 2022

Source : Capital.fr

 

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