Le sort des métaux précieux a été en grande partie lié aux décisions de politique monétaire des grandes banques centrales, ces derniers trimestres. Rappelons le lien fort qui existe entre le niveau des taux d’intérêt réels et le cours de l’or. Le métal jaune n’ayant aucun rendement intrinsèque, à l’inverse des actions (dividendes) et des obligations (coupons), l’or ne trouve grâce auprès des investisseurs que lorsque la rémunération des obligations recule. Aussi, dans le sillage du changement de discours de la Banque centrale américaine (FED), redevenu beaucoup plus accommodant fin 2018, et de la dégradation de la situation économique, l’or et l’argent ont connu un bon début d’année 2019. Mais après la baisse des taux décidée par l’établissement en mars, le changement de ton laissant entendre que cette baisse serait isolée, a poussé de nombreux investisseurs à prendre leurs bénéfices.

Au deuxième trimestre, l’évolution compliquée des discussions entre la Chine et les Etats-Unis sur les tensions commerciales a fait craindre une aggravation de la situation économique. Cela a porté encore un peu plus haut les cours du métal jaune et de l’argent. L’adoption d’une position à nouveau beaucoup plus accommodante par la FED au troisième trimestre a permis à la hausse de se poursuivre. Mais l’obtention d’un compromis dans la guerre commerciale qui opposait les USA et l’Empire du Milieu, même a minima, a ensuite entraîné une remontée des taux d’intérêt réels qui a pesé sur les précieux. L’amélioration de certains indicateurs économiques a également pesé sur le cours de l’or et de l’argent.

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En toute fin d’année, les inquiétudes sur le potentiel de croissance en 2020, et des anticipations de resserrement du différentiel de croissance entre les USA et l’Europe qui pourrait impacter négativement le dollar, ont poussé encore un peu plus haut les cours des précieux (car l’or et l’argent, cotés en dollar, deviennent alors mécaniquement meilleur marché pour les acheteurs munis d’autres devises que la monnaie américaine, NDLR).

Aujourd’hui, le discours dans lequel s’est engagé la FED rend très difficile tout retour à une politique de resserrement monétaire. Le niveau d’endettement de l’Etat américain notamment, mais aussi des entreprises, rendrait toute remontée durable et/ou substantielle insupportable pour les finances publiques. Rappelons que les Etats-Unis ont aujourd’hui un endettement public qui atteint 105% de leur PIB, et qui frôlera les 140% en 2027 selon le Congress Budget Office. Aussi, le prix de l’or présente selon nous peu de risques de correction de grande ampleur, rendant le risque d’investissement asymétrique.

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A cela s’ajoute des facteurs de soutien importants. D’abord, la production minière aurifère. Si celle-ci a atteint un nouveau record en 2019, l’absence de découvertes majeures de nouveaux gisements au cours des 20 dernières années amène les plus grands groupes miniers à douter de leur capacité à maintenir durablement ce niveau de production. Il semble aujourd’hui globalement accepté que l’on passe actuellement le « peak gold », niveau maximum de production de la relique barbare, qui ne sera plus jamais atteint.

Citi estimait ainsi il y a peu que les 26 plus grosses compagnies minières aurifères, représentant ensemble 38% de la production mondiale, pourraient voir leur production baisser de 47% d’ici… 2027 ! Plus globalement, nous estimons que la production d’or pourrait baisser d’un quart à cet horizon.

L’autre facteur de soutien important est le retour à l’achat des Banques centrales. Pendant des années, après la fin des Accords de Bretton Woods en 1971 qui libérait le lien entre or et création monétaire, les Banques centrales des pays développés ont, au gré des difficultés de leurs gouvernements, vendu une partie de leurs stocks d’or. La forte hausse des cours du métal jaune entre 2000 et 2011 a mis fin à ces pratiques, les dernières grandes banques à avoir vendu de l’or (Banque d’Angleterre et Banque de France au début des années 2000) ayant été vertement critiquées pour cette décision.

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Dans le même temps, la mondialisation de nos économies a entraîné la création d’excédents commerciaux gigantesques dans les pays émergents, devenus progressivement l’usine du monde. Il a alors fallu aux banques de ces pays placer leurs réserves. Après avoir investi dans les emprunts d’Etat de leurs débiteurs, devant l’ampleur de l’endettement de ceux-ci, les banques centrales ont cherché des outils de diversification.

Nous avons ainsi vu les ordres des banques centrales passer d’une offre de 500 à 600 tonnes par an, à une demande de plus de 600 tonnes par an ! Ce mouvement entraîne tout de même une variation de près de 1200 tonnes par an sur un marché total de 4500 tonnes. Et ce mouvement ne se dément pas. Après avoir atteint un record à plus de 651 tonnes en 2018, les achats se sont poursuivis en 2019, avec déjà 550 tonnes à la fin du troisième trimestre 2019. De plus, quand on interroge ces organismes, aucun d’entre eux n’envisagent de réduire ces achats de métal jaune, et plus d’un sur deux déclarent vouloir renforcer ses allocations au précieux métal.

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Soutenus par une production minière contrainte et une demande des Banques centrales qui ne se dément pas, l’or devrait surtout continuer à profiter d’un contexte de taux réels très bas. Trouver des placements rémunérateurs, sûrs et peu consommateurs de capital devient de plus en plus difficile. Aussi nous semble-t-il plausible de voir dans les mois qui viennent, la demande pour les obligations américaines, dont la rémunération reste autour de 2% avec, qui plus est, une devise assez stable, augmenter. Si tel était le cas, les taux d’intérêt réels américains pourraient poursuivre leur repli et s’orienter tendanciellement vers zéro, comme les taux des deux autres grandes zones économiques que sont l’Europe et le Japon.

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Compte tenu du lien existant entre les taux d’intérêt réels et le cours du métal précieux, celui-ci pourrait dans de telles conditions, retrouver ses plus hauts historiques de 1900 dollars l’once voire les dépasser légèrement, à un horizon 18 à 24 mois. L’argent, toujours très corrélé à l’or mais plus volatil, pourrait connaître une progression un peu supérieure et retourner sur les niveaux de 23 dollars l’once.

Benjamin Louvet, gérant des fonds OFI Precious Metals et OFI FUND – Global Equity Natural Resources chez OFI Asset Management, le 16 janvier 2020